mercredi 25 avril 2018

Anomalies quantiques et réalité

Les anomalies quantiques devraient-elles nous faire repenser la réalité ?


Des résultats de laboratoire inexplicables nous disent que nous sommes peut-être à l'aube d'un nouveau paradigme scientifique.

Par Bernardo Kastrup le 19 avril 2018




Chaque génération a tendance à croire que ses vues sur la nature de la réalité sont soit vraies, soit assez proches de la vérité. Nous ne faisons pas exception à cette règle : bien que nous sachions que les idées des générations précédentes ont été chaque fois supplantées par celles d'une génération ultérieure, nous croyons toujours que cette fois nous avons eu raison. Nos ancêtres étaient naïfs et superstitieux, mais nous sommes objectifs - c'est du moins ce que nous nous disons. Nous savons que la matière/énergie, extérieure et indépendante de l'esprit, est la substance fondamentale de la nature, tout le reste en étant dérivé - ou est-ce vraiment le cas ?


En fait, des études ont montré qu'il existe une relation intime entre le monde que nous percevons et les catégories conceptuelles codées dans la langue que nous parlons. Nous ne percevons pas un monde purement objectif, mais un monde subliminal pré-partitionné et pré-interprété selon des catégories liées à la culture. Par exemple, "les mots de couleur dans une langue donnée forment la perception humaine de la couleur". Une étude d'imagerie cérébrale suggère que les zones de traitement du langage sont directement impliquées même dans les discriminations les plus simples des couleurs de base. De plus, ce type de "perception catégorique est un phénomène qui a été rapporté non seulement pour la couleur, mais aussi pour d'autres continuums perceptuels, tels que les phonèmes, les tons musicaux et les expressions faciales". Dans une large mesure, nous voyons ce que nos catégories culturelles brutes nous apprennent à voir, ce qui peut aider à expliquer pourquoi chaque génération est si confiante dans sa propre vision du monde. Permettez-moi d'élaborer.

Le poids conceptuel de la perception n'est pas une nouvelle perspective. En 1957, le philosophe Owen Barfield a écrit :

"Je ne perçois rien avec mes seuls organes des sens... Ainsi, je peux dire, en vrac, que j'entends une grive chanter. Mais en stricte vérité, tout ce que j'entends - tout ce que j'entends par le simple fait d'avoir des oreilles - c'est le son. Quand j'entends une grive chanter, j'entends... avec toutes sortes d'autres choses comme les habitudes mentales, la mémoire, l'imagination, les sentiments et... la volonté.". (Saving the Appearances)

Comme l'affirme le philosophe Thomas Kuhn dans son livre The Structure of Scientific Revolutions, la science elle-même est en proie à cette subjectivité inhérente de la perception. Définissant un "paradigme" comme un "corps implicite de croyances théoriques et méthodologiques entrelacées", il a écrit :

"Quelque chose comme un paradigme est une condition préalable à la perception elle-même. Ce qu'un homme voit dépend à la fois de ce qu'il regarde et de ce que son expérience visuelle et conceptuelle lui a appris à voir. En l'absence d'une telle formation, il ne peut y avoir, selon l'expression de William James, que la confusion d'une rumeur qui enfle (‘a bloomin’ buzzin’ confusion)".

Ainsi, parce que nous percevons et expérimentons des choses et des événements partiellement définis par un paradigme implicite, ces choses et événements tendent à confirmer, par reconstruction, le paradigme. Il n'est donc pas étonnant que nous soyons si confiants aujourd'hui dans le fait que la nature consiste en des arrangements matière/énergie extérieurs et indépendants de l'esprit.

Pourtant, comme l'a fait remarquer Kuhn, lorsque suffisamment d'anomalies - des observations empiriquement indéniables qui sont inconciliables avec le système de croyances dominant- s'accumulent au fil du temps et atteignent une masse critique, les paradigmes changent. Nous sommes peut-être proches d'un tel moment déterminant aujourd'hui, car un nombre croissant de preuves issues de la mécanique quantique (MQ) rend le paradigme actuel insoutenable.

En effet, selon le paradigme actuel, les propriétés d'un objet devraient exister et avoir des valeurs définies même lorsque l'objet n'est pas observé : la lune devrait exister et avoir les poids, forme, taille et couleur qu'elle a, même lorsque personne ne la regarde. De plus, un simple acte d'observation ne devrait pas modifier les valeurs de ces propriétés. Sur le plan opérationnel, tout cela est reflété dans la notion de "non-contextualité" : le résultat d'une observation ne doit pas dépendre de la manière dont d'autres observations séparées mais simultanées sont effectuées. Après tout, ce que je perçois quand je regarde le ciel nocturne ne devrait pas dépendre de la façon dont d'autres personnes regardent le ciel nocturne avec moi, car les propriétés du ciel nocturne découvertes par mon observation ne devraient pas dépendre des leurs.


Le problème est que, selon la MQ, le résultat d'une observation peut dépendre de la façon dont une autre observation, séparée mais simultanée, est effectuée. Cela se produit avec ce qu'on appelle l'intrication quantique et contredit le paradigme actuel de façon importante, comme nous l'avons vu plus haut. Bien qu'Einstein ait soutenu en 1935 que cette contradiction était due au simple fait que la MQ est incomplète, John Bell a prouvé mathématiquement, en 1964, que les prédictions de la MQ concernant l'intrication ne peuvent être expliquées par la prétendue incomplétude d'Einstein.

Donc, pour sauver le paradigme actuel, il y a grand intérêt à rejeter les prédictions de la MQ concernant l'intrication. Pourtant, depuis les expériences fondamentales d'Alain Aspect en 1981-82, ces prédictions ont été confirmées à plusieurs reprises,  des lacunes expérimentales potentielles ayant été réfutées l'une après l'autre. 1998 a été une année particulièrement fructueuse, avec deux expériences remarquables réalisées en Suisse et en Autriche. En 2011 et 2015, de nouvelles expériences ont de nouveau remis en question la non-contextualité. Commentant cela, le physicien Anton Zeilinger a été cité pour avoir dit qu'"il n'y a aucune raison de supposer que ce que nous ne mesurons pas [c'est-à-dire, observons] au sujet d'un système a une réalité [indépendante]". Enfin, des chercheurs néerlandais ont réalisé avec succès un test qui a supprimé toutes les lacunes potentielles restantes, considéré par la revue Nature comme le "test le plus difficile à ce jour".

La seule alternative qui reste à ceux qui s'accrochent au paradigme actuel est de postuler l'existence d'une certaine forme de non-localité : la nature doit avoir - ou du moins c'est leur spéculation - des propriétés cachées indépendantes de l'observation, entièrement ignorées par la MQ, qui sont "étalées" à travers l'espace-temps. C'est ce fond prétendument omniprésent, invisible mais objectif qui orchestrerait l'intrication en "arrière-scène".

Il s'avère cependant que certaines prédictions de la MQ sont incompatibles avec la non-contextualité, même pour une vaste et importante catégorie de théories non locales. Les résultats expérimentaux publiés en 2007 et 2010 ont confirmé ces prévisions. Concilier ces résultats avec le paradigme actuel nécessiterait une redéfinition profondément contre-intuitive de ce que nous appelons "l'objectivité". Et comme la culture contemporaine en est venue à associer l'objectivité à la réalité elle-même, la presse scientifique s'est sentie obligée d'en rendre compte en déclarant : "La physique quantique dit adieu à la réalité".
La tension entre les anomalies et le paradigme actuel ne peut être tolérée qu'en ignorant les anomalies. Cela a été possible jusqu'à présent parce que les anomalies ne sont observées qu'en laboratoire. Pourtant, nous savons qu'elles sont là, car leur existence a été confirmée au-delà de tout doute raisonnable. Par conséquent, lorsque nous croyons que nous voyons des objets et des événements à l'extérieur et indépendamment de l'esprit, nous nous trompons au moins pour une raison essentielle. Un nouveau paradigme est nécessaire pour concilier et donner un sens aux anomalies ; un paradigme dans lequel l'esprit lui-même est compris comme étant l'essence - sur le plan cognitif mais aussi physique - de ce que nous percevons lorsque nous regardons le monde autour de nous.


Article original : https://blogs.scientificamerican.com/observations/should-quantum-anomalies-make-us-rethink-reality/

samedi 21 avril 2018

Réponses au Loup


« Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue. » Einstein





- Réponses au sujet des loups en France -







Une coadaptation élevage-loup est un défi difficile, symbolique de notre époque de changements à tous les niveaux.
Comment protéger les troupeaux dans les conditions actuelles et par la suite, il n’y a donc rien de mieux à faire ?

Bien sûr il n’y a pas de solutions miracles, mais la présence humaine et les chiens de protection réduisent les prédations, ce n’est pas négligeable même si ça entraine d’autres problèmes à gérer.

Pourquoi ne pas créer des « brigades pastorales » par exemple, avec le soutien des administrations concernées (il y a bien des « brigades loups »), où des personnes formées et rémunérées d’une manière ou d’une autre auraient pour mission d’aider les éleveurs ?

En s’inspirant de ce qu’on fait à Pastoraloup [programme de soutien au pastoralisme en zones à loups de Ferus, association pour la conservation des grands prédateurs en France], qui a des résultats remarquables à un niveau réduit, mais sans idéologie, avec simplement la volonté de donner un sérieux coup de main aux éleveurs et aux bergers impactés par les loups…

Tout ça est très complexe. Les loups déjouent tout ce qu’on peut leur mettre en travers, ce qui réduit tout de même plus ou moins le nombre de victimes de leurs attaques ponctuelles, alors que ça complique le travail des éleveurs et des bergers. Mais il doit y avoir des solutions à trouver avec des gens de bonne foi, car quoi qu’on décide les loups sont là pour longtemps. Le nier ou le refuser n’y change rien. Y faire face avec tous les moyens disponibles, même s’ils sont insuffisants actuellement, vaut mieux que le contraire, ça me parait logique. Mais même en faisant beaucoup plus de tirs de prélèvement le problème ne sera pas réglé, il y aura encore et toujours des loups…

J’ai des doutes quant à la mise en place des tirs. Ce qui existe actuellement n’est satisfaisant pour personne. Il faut à mon avis des tirs de défense sûrement, des tirs de prélèvement à proximité des troupeaux aussi. Mais quelles règles, en fonction de quels critères ?
Jusqu’où ira-t-on, jusqu’où ira notre civilisation, dont une caractéristique est de supprimer tout ce qui dérange ? Avec pour résultat à la clé sa propre élimination ?..

C’est vrai que pour le moment ce sont surtout les petits éleveurs de montagne qui se sentent menacés par leur propre disparition, à cause d’un contexte que le loup empire.
L’ambiance a changé dans les montagnes des Alpes en particulier depuis le retour des loups, pour les éleveurs et les bergers bien sûr, mais aussi pour les randonneurs et autres en saisons d’estives surtout. Avant c’était plus tranquille : pas de chiens de protection, pas de fusils, moins de travail, de stress etc. Dans le même temps beaucoup de choses ont changé plus ou moins partout à tous les niveaux dans le monde. C’est du passé, qu’on peut regretter mais qui ne reviendra plus. 

Les choix sont assez restreints : S’adapter ou alors disparaitre.
Pour s’adapter il ne s’agit pas de savoir si c’est bien ou mal, mais comment.

La régulation des populations de loups est une solution à étudier de près, qui ne règlera pas tous les problèmes que pose la présence de loups pour l’élevage d’animaux domestiques.
Il faut donc encore mieux protéger les troupeaux (les mesures prises jusqu’ici sont des tentatives insatisfaisantes qui demandent plus d’expériences). Le défaitisme consiste à dire que tout a été tenté et que plus rien n’est possible. Ce n’est pas vrai. En unissant toutes les bonnes volontés on doit pouvoir arriver à faire face au monde tel qu’il est  maintenant. Le choix est entre nos mains, dans nos tripes et nos consciences…
Quoi qu'il se passe dans les années prochaines vis-à-vis des loups en France, il faudra faire avec ! Il y a des progrès à faire au niveau des moyens de protection et d'effarouchement. Ce ne sera jamais efficace à 100% mais ça permet d'avoir beaucoup moins de pertes. Plus de travail et de contraintes bien sûr, qui doivent être mieux prises en compte.

Sinon, quelle peut être la solution, à part de décider d'éradiquer toute présence de loups ? Et même dans ce cas, très peu probable, ce n'est pas demain la veille qu'on pourrait s'en débarrasser, d'autant plus que les loups reviendraient depuis les autres pays.
Donc on régule, on tue, on élimine, jusqu'où ? Il y aura toujours des loups qui poseront problème. Je suis d'accord pour qu'il y ait un contrôle sérieux des populations de loups, probablement plus importantes que le nombre officiel déclaré, mais d'une manière ou d'une autre il faut aussi développer des mesures de protection plus efficaces et mieux prises en charge (pour tous les éleveurs, ovins, caprins, bovins, équins et autres).

En étant plus offensifs vis-à-vis des loups, ceux-ci se méfieront plus mais ça ne changera pas leur comportement de prédateur qui se sert dans l'élevage domestique de temps en temps. Moins d'attaques s'il y en a moins c'est probable mais ce n'est même pas tout à fait certain.
Des meutes déséquilibrées ont plus tendance à attaquer les proies les plus faciles, les animaux domestiques en particulier, et en tout cas c'est le comportement des loups erratiques (il y en aura encore plus venant de meutes éclatées). Chez nous dans le Massif des Monges ça fait environ vingt ans qu'il y a des loups (première Zone de Présence Permanente reconnue en dehors du Parc National du Mercantour), or il y a moins d'attaques maintenant du fait semble t-il que les meutes sont bien établies et moins spécialisées sur les animaux domestiques, c'est en partie ce qu'on peut en déduire. Les tirs y ont probablement contribué aussi, mais nul ne sait à quel niveau.

Comment éliminer ceux qui s'approchent des troupeaux ou des habitations, comme certains le préconisent ? Chez nous ils sont partout. D'ailleurs une nuit de l’hiver dernier un groupe a hurlé pendant plusieurs heures en face de notre maison, à deux cent mètres ! Une autre nuit il y en avait trois qui se suivaient sur la route en bas de chez nous vers 22h30. On les voit régulièrement sur nos routes etc. En fait il faudrait quasiment tuer tous les loups dans les Alpes de Haute Provence pour bien faire. Et c'est certainement ce que demanderont petit à petit les éleveurs si on va dans ce sens.

Donc si on ne veut pas supprimer tous les loups en France, en plus d'une attitude plus offensive vis-à-vis de ceux-ci c'est la protection des troupeaux qui peut faire une grande différence. Il est parfois nécessaire qu'il y ait plus de chiens de protection, mais c'est surtout leur éducation et leur efficacité qui est à améliorer. Le savoir-faire en France en est à ses débuts, il y a encore beaucoup à apprendre, sans oublier le public à éduquer à ce sujet dans le même temps.

Concernant l’hybridation, il serait judicieux d’attendre les résultats d’une confrontation entre les résultats des labos ForGen en Allemagne et Antagène en France avant de passer d’une extrême à l’autre (de ‘tous les loups en France sont d’origine italienne venus naturellement’ à ‘tous les loups en France sont des hybrides introduits clandestinement’). La vérité est très probablement mitigée, la part d’un retour naturel étant sans doute prédominante.
Il se passera un certain temps avant que des loups en France soient éventuellement reconnus officiellement comme étant plus ou moins issus de mélanges particulièrement obscurs. Et encore plus pour en arriver à faire accepter leur élimination si c’est possible. 

La protection des troupeaux reste donc incontournable, il faut continuer à mettre en place les moyens de réduire les prédations et à les améliorer. Ils ne sont pas et ne seront probablement jamais complètement efficaces, ils imposent des contraintes et du travail supplémentaires, entrainent des conséquences plus ou moins négatives sur l'environnement, mais c'est quand même mieux que rien pour le moment et sans doute pour longtemps, en tout cas dans les montagnes des Alpes.

Il n’est pas juste de dire que les loups ne sont que calamité pour la faune sauvage. S’il est certain que les populations d’ongulés sont très impactées, surtout lorsqu’une meute s’installe et s’agrandit, petit à petit leurs effectifs s’adaptent (plus rapides, beaucoup plus discrets, moins nombreux en groupe) et repartent plus ou moins à la hausse (sans revenir cependant à leur taux initial).
C’est notamment le cas des mouflons, comme j’ai pu le constater avec mes pièges-photos et mes observations, par exemple en juin 2016 avec les stagiaires en formation de Patoraloup. Je les ai emmenés sur les crêtes du Sommet des Monges où durant la journée nous avons compté une bonne centaine de mouflons. Dans un coin où on dit qu’il n’y en a plus, alors qu’avant on disait qu’il y en avait trop, cherchez l’erreur.
D’après ce que je sais c’est la même situation au moins dans le Queyras, où les loups sont présents depuis bien longtemps aussi. D’autre part si les mouflons ont disparu des secteurs de haute montagne c’est dû à la neige surtout, pour laquelle ils ne sont pas adaptés.

Plus de présence humaine autant que possible est nécessaire aussi. Pas besoin d'une meute de 15 chiens et d'une escouade de 4 bergers : 5/6 chiens bien formés et complémentaires et un berger plus aide-berger qui se relaient entre jour et nuit sont généralement suffisants pour un troupeau de 1500 têtes en alpages, à mon avis.

Les clôtures fixes en vallées peuvent être beaucoup plus efficaces, comme celles que Pastoraloup a mises en place chez des éleveurs. Aucune prédation dans ces parcs (grillage + 3 fils) depuis environ 8 ans que les premiers ont été réalisés au sein de territoires de meutes.

Les moyens d'effarouchement sont loin d'être satisfaisants, mais qui peut dire qu'aucun dispositif ne pourra jamais fonctionner, avec les avancées technologiques actuelles ?

Tout ça impose des contraintes, demande des moyens, du temps, du travail et de la volonté. Des éleveurs ont fait le choix de s'adapter et s'en sortent plutôt bien. Ce n’est certes pas facile.
En résumé, on ne pourra pas se débarrasser du problème du loup, même s'il est amoindri en facilitant les tirs létaux. On peut le rendre moins pénible avec des moyens de protection et d'effarouchement adaptés. 

Cependant c'est la politique agricole actuelle qui doit aussi changer, imposant la quantité au détriment de la qualité, alors même qu'il est impossible de vivre de son travail d'éleveur dans le contexte actuel sans activité complémentaire, ou/et primes et autres subventions...

Et pour éviter d'avoir encore plus de monde favorable à un développement insoutenable des loups il faut communiquer d'une manière non-sectaire, non réductrice aux seules personnes qui en sont déjà persuadées. D'où un besoin d'ouverture, capable de trouver un écho chez des gens à priori 'pro-loups' mais qui comprennent l'intérêt du pastoralisme...

Pour que les choses soient claires : si les éleveurs veulent attirer plus de monde en soutien à leurs (légitimes) revendications, il vaut mieux quitter le mode du rejet méprisant et de la caricature si chers aux plus virulents des anti ou pro loups.

 Bref des moyens de protection sont nécessaires pour éviter des dégâts bien plus graves, et ils peuvent s’améliorer…

La réalité n'est pas noire ou blanche, elle est beaucoup plus complexe et nuancée que ça. Je suis par exemple pour une régulation du loup en France, sans être anti-loup, pas n’importe comment. Je suis pour que la faune sauvage ait une place dans notre civilisation, sans être pro-loup, pas à n’importe quel prix.
Position bien difficile à tenir je vous l’accorde. C’est tellement plus confortable de rentrer dans une case bien définie, de faire partie d’un camp qui nous entoure et nous donne un sentiment d’appartenance qui nous rassure.

À mon avis, le loup agit en quelque sorte comme un révélateur de nos déséquilibres, de ceux que nous avons provoqués dans la nature, tel un écho du prédateur qui est en chacun de nous.
Toute cette violence en nous qui veut exclure, supprimer ou asservir ce qui nous dérange, qui cherche à dévorer, à posséder sans retenue tout ce qui est à portée et au-delà.

S’il y a une chose dont je me sens responsable c’est avant tout de l’état actuel de cette planète, comme tout un chacun, par nos pensées, nos sentiments et nos actes qui alimentent ce qui nous unie ou ce qui nous divise.



A travers mon activité professionnelle indépendante de coordination-animation de Pastoraloup, je recherche des solutions sur le terrain avec des éleveurs qui sont capables de dépasser les clivages avec les ‘’pro-loups’’.
Cela permet d’apporter de l’aide aux éleveurs qui la demandent, tout en formant des personnes sans rien leur cacher de la réalité pour qu’ils se confrontent au terrain. Les échanges et les réalisations qui en découlent sont bénéfiques pour tous ceux qui y participent : d’un côté ça soulage les éleveurs et les bergers, d’un autre ça permet à des « pro-loups » de vivre la réalité de ce qui se passe vraiment, aux uns et aux autres de se connaitre et de mieux se comprendre, voire de changer plus ou moins de point de vue pour les bénévoles qui partent en missions de surveillance.
Je regrette que trop d’éleveurs soient complètement fermés à tout échange de ce genre, du fait que ce soit Ferus qui est l’instigateur du programme Pastoraloup. C’est pourquoi je pense qu’il faudrait mettre en place d’autres initiatives, en-dehors du parrainage d’associations de protection des grands prédateurs.
Que Ferus se serve de l’image que lui procure cette activité, c’est une évidence. Bien que je ne cautionne pas certaines de leurs lignes directrices idéologiques et politiques je fais avec ce qui existe en fonction de mes moyens…

Ce qui est certain c'est qu'avec la présence de bénévoles en surveillance de nuit les attaques disparaissent, sauf quelques très rares fois où les conditions les favorisent (par temps d’orage en général). Cependant il peut toujours y avoir des attaques limitées en journée.
Dans les cas de surveillance de jour (aide au berger pendant la conduite du troupeau), les attaques diminuent beaucoup, voire complètement, se cantonnant parfois à une prédation sur une bête isolée.
Pas d'études exhaustives chiffrées à ce sujet, simplement un retour d'expériences qui apporte l'évidence que des troupeaux qui subissaient de plus ou moins nombreuses attaques en sont quasi dépourvus, en tout cas celles-ci diminuent largement en nombre et en victimes avec une présence humaine plus importante.


La question qui reste est celle de savoir si et comment on pourrait étendre ces aides durant la nuit et/ou en journée...



Eric Vissouze

Avril 2018




"J'ai aligné mon propre profit sur celui des autres. Et cela a fait mon propre profit... C'est bizarre, non ? Parce que, voyez-vous, comme ça je peux avoir mon gâteau et le manger aussi. Je peux faire ce que je pense être le mieux pour moi, mais en même temps je peux faire ce qui est le mieux pour les autres. Et j'ai aussi défini ce qui est le mieux pour moi comme ce qui est en même temps le mieux pour les autres." Jordan Peterson

dimanche 18 mars 2018

La racine des choses



La racine des choses

 
 Une explication scientifique de l'origine de l'univers en termes simples

 Traduction d'une partie d'un texte récent dont je n'ai pas trouvé l'auteur : https://therealrootofthings.files.wordpress.com/2018/03/the_root_of_things.pdf




Les observations
 
Conclusions logiques nécessaires basées sur l'état le plus simple possible : rien.


1. Le rien n'est pas stable.

C'est le plus facile. Si rien était stable, il n'y aurait pas quelque chose (réalité physique) à discuter ici. Rien n'est pas dans la permanence de la stabilité. Il est dépourvu de stabilité. Tant qu'on y est, rien n'est pas 'aucune chose'. C'est le vide. Voir Alan Watts pour une interprétation occidentale du vide, ou l'un des nombreux textes orientaux. 

2. Le rien n'a pas de propriétés physiques.

C'est une sorte d'évidence, mais nécessaire à énoncer. S'il avait des propriétés physiques (ou toute autre propriété inhérente), ce ne serait pas rien. L'absence de stabilité n'est pas une propriété intrinsèque. C'est le contraire. Ce que rien possède ce sont des potentiels, mais ceux-ci ne sont implicitement pas définissables. 'Potentiel' est une autre façon d'appréhender l'absence de stabilité. Rien n'est pas un point. Il est clair qu'il n'est pas localisable. C'est simplement l'état pré-existant.

3. Le rien est le précurseur nécessaire de la réalité physique.

Un peu plus difficile. Ici, précurseur ne se réfère pas à un ordre dans le temps, mais seulement à la qualité pré-éminente de la nécessité. En fait on ne peut avoir de matérialité sans avoir rien comme référence. Ce n'est pas si facile à comprendre, mais voir les points 4, 8 et 9 pour des pistes de réflexion. Notez que si vous pensez que l'univers a commencé à partir de quelque chose (une singularité, un big bang, une particule de dieu...), ces raisonnements soulèvent automatiquement la question : Qu'y avait-il en conséquence avant cette chose, s'il y avait quoi que ce soit? 
Après y avoir réfléchi un moment, j'ai la conviction que vous arriverez à la conclusion que rien a été le précurseur de n'importe quelles "première chose ou choses" imaginées. Ceux qui pensent que l'univers est essentiellement dans un état stable ne sont tout simplement pas disposés à traiter les questions de prééminence, d'évolution et de complexité croissante ; ils feraient bien de s'interroger sur la deuxième loi de la thermodynamique.

4. Le rien est créateur.

Quand le rien se manifeste, ça génère quelque chose => qualités (par ex. stabilité)/propriétés physiques/espace/champs/énergie/matière/etc.  

5. En même temps que l'émergence de la matérialité se forment les caractéristiques de cette réalité physique particulière et donc de ses limites.

Avec l'émergence de la matérialité, il y a des spécificités concernant cette matérialité particulière et, par définition, ces spécificités fixent les limites de cette matérialité. Les limites sont en fait définies par, et définissent également, les propriétés de cette réalité. Cette dernière phrase ne se mord pas la queue : C'est simplement de la logique appliquée. La description d'une réalité physique indique les qualités positives de même qu'elle indique simultanément les limites de ces qualités, chacune étant une sorte de miroir de l'autre.

6. Une fois que l'existence physique a commencé à émerger, le rien est en relation avec cet univers.

 Hou la! Ceci est un peu plus difficile. Quoi? Vous pensiez que les points précédents étaient difficiles? La nature du rien tel qu'il était " avant " que tout univers émerge ne disparaît pas simplement parce que quelque chose ou n'importe quoi d'autre existe. Rappelez-vous que le rien peut être pensé comme un potentiel. Le fait que le rien essentiel est toujours présent est dû au fait que le temps n'existe qu'en tant que chose qui émerge du rien. Par rapport au rien en soi, le temps n'a pas de sens. Parce que le temps est un événement unidirectionnel, il ne peut avoir un impact rétrograde sur le rien. De même, l'existence de la matière, de l'énergie, etc. n'a pas d'impact rétroactif sur le vide. Cependant, l'émergence d'une réalité physique entraine une forme de stabilité pour cette occurrence de la réalité, en raison de sa relation avec l'instance du vide dont elle émerge. Émergence est l'expression clé. L'émergence depuis le vide est en cours et donc la relation entre le rien et l'univers se poursuit. L'existence continue de la relation (tension) est ce que j'appelle la " stabilité relative ". Dans cet état plus stable (jamais complètement stable), cette réalité physique spécifique a une relation unique avec cette présence spécifique du vide.
Le concept de cette "présence spécifique du vide" n'a de sens que pour ce "cas spécifique de réalité physique". Depuis cette réalité le point de vue est celui d'une espèce de rien qui n'est pas visible et qui n'existe pas en dehors de sa relation avec cette réalité physique particulière. Cette relation (relativement) stable permet à la fois à une circonstance spécifique du vide et à son occurrence spécifique correspondante de la matérialité de se poursuivre indéfiniment dans le cadre approximatif de leur relation existante. Ils ont besoin l'un de l'autre pour que cette relation particulière (de tension) se poursuive.

7. Le rien reste en relation avec un univers qui en émerge, mais il n'est pas immuable.

 Le vide maintient une relation avec une réalité qui émerge. Cela signifie que les caractéristiques d'une instance du vide changent, mais seulement en harmonie avec les changements dans les caractéristiques de cette instance spécifique de la réalité à laquelle elle est liée. Le point 4 signifie également que la nature créatrice de cette relation se poursuit indéfiniment. Au fur et à mesure qu'une matérialité spécifique continue d'émerger, des changements dans ses caractéristiques adviendront mais ils ne seront pas des violations du caractère fondamental de cette réalité particulière ou de ce rien particulier.

8. Le rien établit un sens directionnel.

 Du point de vue d'une réalité physique émergente, le précurseur nécessaire à la matière (c'est-à-dire rien) est vu comme étant là " avant " que la matérialité n'existe. Rien est l'état pré-existant. Quand le rien se manifeste, il crée une succession ordonnée ainsi que les catégories mêmes de la progression (ex. dimensionnalité, temps, évolution, etc.), donc une orientation. Si les multivers ne sont pas interdits, la question de leur existence n'a pas de sens. L'orientation signifie que vous ne pouvez pas revenir au " début " et, d'une manière ou d'une autre, faire une boucle dans un autre univers à des fins de comparaison.

9. Le rien est la base par rapport à laquelle un univers physique est perceptible.

 Cela signifie que nous mesurons tout par rapport à rien, d'une manière ou d'une autre. Très souvent, ce n'est pas évident que c'est ce que nous faisons, mais c'est ce que nous faisons. Le principe du rien est la base (l'arrière-plan) de nos perceptions sensorielles et de nos conceptions. Ce que nous percevons comme quelque chose dans cet univers apparaît de la manière dont elle le fait uniquement par rapport au rien précurseur dont elle est issue. La question peut aussi être inversée : l'existence de l'univers implique rien (c'est ainsi que j'ai compris que rien était là) [jeu de mots en anglais : the existence of the universe implies nothing (which is how I came to understand that nothing was there]. C'est l'une des façons d'étudier la relation entre rien et un univers.
Il n'y a pas de points d'ancrage absolus dans la mise en œuvre physique d'un univers. Seul le rien fournit l'absolu nécessaire pour être utilisé comme toile de fond stable. L'absence originelle de stabilité dans le rien ne change pas. Ainsi cette instabilité du précurseur est absolue et donc toujours fiable.

10. Peu importe les caractéristiques (y compris les limites) de toute manifestation spécifique de la réalité physique, une fois qu'une telle manifestation est initiée, elle continue à se produire.

 C'est évident dans notre univers en constante expansion. Mais il n'est pas nécessairement en expansion de la façon dont les scientifiques l'imaginent actuellement. La continuelle irruption de la matière est aussi une implication directe des points 4 et 8, et est le résultat de la relation avec le vide. Au lieu d'une tension qui sépare les choses, ce type de relation est créatif. Elle entraîne les choses dans l'existence (instabilité supplémentaire). Jusqu'à ce qu'un univers particulier soit " plein " (une contradiction évidente), de nouvelles choses, de nouvelles catégories et de nouvelles qualités continueront d'émerger, indéfiniment.

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